Derrière l’image - Une couverture atypique pour le Figaro Magazine

Ça commence par un courriel. Le genre de courriel qu’un photographe adore recevoir :

Si ça m’intéresse? Faire la couverture du Figaro Magazine? En général tu réponds oui et tu réfléchis après. Entre les deux, tu te réjouis d’une si belle commande!

Une fois passé ce petit moment d’euphorie, place au défi! Je vais devoir photographier Mathieu Bock-Côté en studio à Montréal  pendant que la journaliste française Sonia Mabrouk sera photographiée à Paris (COVID-19 oblige) par Fred Stucin et il faudra qu’ils aient l’air ensemble.

Avec l’avantage du décalage horaire, le shooting a Paris aura lieu une heure avant le nôtre, ce qui fait que le fardeau de la cohérence me revient!

Mais ce qui est génial quand on travaille avec des grandes rédactions comme celle du Figaro, c’est que ce sont des professionnels et les briefs sont toujours très clairs, comme en témoignent ces photos d’inspiration et cette maquette avec un faux Bock-Côté et une fausse Sonia Mabrouk!

C’est le Jour J. Je suis dans mon studio du Mile-End, concentré. Ma lumière est prête, je peaufine l’effet gris-bleu sur le fond, et j’attends mon modèle. 

Mais j’attends surtout des nouvelles de Paris! J’ai demandé à voir une photo de Sonia Mabrouk, pour m’ajuster au besoin.

Et les deux sont arrivés en même temps… prêt pas prêt, j’y vais!

Mathieu Bock-Côté est tiré à quatre épingles. Ça tombe bien parce que Sonia Mabrouk, sur la photo que je viens de recevoir, est magnifique.

Je brise la glace: “Vous savez Mathieu, je viens d’une famille ouvrière dont le principal projet était de pendre le dernier des patrons avec les tripes du dernier des curés, alors faire la couverture du Figaro Magazine avec vous dessus, c’est sûr, ils vont me renier!”. Il éclate de rire, je lui demande de mettre une cravate rouge, et la séance débute dans une atmosphère détendue.

Mon invité est sympathique et avenant, rien pour m’aider à reconquérir les grâces familiales. J’ai un oeil sur lui, un oeil sur la photo de Sonia, et un oeil sur le brief. Lumière, fond, choix de la focale, texture, profondeur de champ, postures, proportions, rien ne doit être laissé au hasard, même si la commande n’est pas de créer une illusion, mais plutôt une cohérence.

Une heure et demie plus tard, it’s a wrap, je pense qu’on a bien travaillé. Mon modèle s’en va, c’était un shooting important pour lui aussi, il est satisfait et moi j’ai hâte d’envoyer tout ça à Paris.

La semaine suivante,  le numéro était en kiosque et toutes les parties prenantes bien heureuses du résultat. 

C’est une histoire de photo de couverture, mais c’est aussi une histoire de pandémie, une de plus, qui illustre que les humains sont faits pour être ensemble, quels que soient les obstacles!

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